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Politiques Internationales, Réalités Africaines

Enjeux de l'Education et de la Culture dans l'Acceleration du Developpement de l'Afrique
Dr. Lupwishi Mbuyamba
UNESCO
Luanda,Angola

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Le 28 avril de 2000

Enjeux de l'Education et de la Culture dans l'Acceleration du Developpement de l'Afrique

Ce n'est pas du tout faire oeuvre originale que d'affirmer le rôle central, incontournable de l'éducation dans le développement et l'avenir de l'Humanité, singulièrement de l'Afrique. Des visionnaires et futurologues l'ont prédit. Des sociologues et historiens spécialistes de l'Afrique s'y sont penchés. Et d'éminents spécialistes de l'éducation, faisant l'autopsie de la situation, ont relevé les tares des systèmes en place. Interrogeant l'histoire de l'éducation, ils ont proposé la révision de l'école classique et l'application de nouveaux mécanismes propres à instaurer une école nouvelle, répondant aux exigences des temps modernes et propre à fournir une formation conforme au profil de l'agent de devéloppement attendu sur le marché .

Au delà de l'histoire, de la sociologie et de la philosophie de l'éducation, c'est le regard intrinsèque sur l'éducation interne du citoyen dans la cité traditionnelle qui mérite une attention toute particulière Non pour faire le catalogue des métiers auxquels il était préparé, ni pour l'inventaire des systèmes d'initiation des jeunes même l'apprentissage du jeune chez le forgeron du village, tous éléments d'histoire culturelle propres à éclairer l'itinéraire du chercheur comme la démarche du théoricien de l'éducation. Des colloques, des conférences régionales ont été consacrés à ces thèmes .

Mais c'est d'avantage l'interraction systématique entre l'éducation et la culture qui est à interroger avec patience, rigueur et profondeur. C'est-à-dire l'évolution d'un cadre, d'une action de formation elle même sujette à des schémas, à des références par ailleurs mouvantes, témoins d'une société en crise d'identité et à la recherche de repères, pas seulement pour la société et son statut dans le monde mais plus profondément quant au rôle et à la place de la personne comme sujet, fondement des valeurs.

Sur ce thème, une équipe de chercheurs du centre international des civilisations bantu, tentant en 1989 de repérer les facteurs culturels du développement rural en Afrique centrale, avait focalisé sa quête sur l'animation et la formation des paysans d'une part et la formation par l'école rurale d'autre part. Dégageant le cadre de cette formation ainsi que son contenu dans la tradition, elle propose, outre les préalables, une démarche, une "pédagogie d'attention", précise les préocupations essentielles et en définit le contenu.

Abordant le cas spécifique de l'école, sa fonction et ses caractéristiques elle énumère les facteurs de sa réussite et les pesanteurs du système

Une telle expérience a un mérite certain. Sans bien sûr se limiter au seul monde rural-les réalités urbaines en Afrique aujourd'hui constituant pratiquement la tête de pont de tout projet majeur de développement-d' examiner tour à tour les fonctions de l'éducation aujourd'hui, ses agents, le rôle de la communauté et de l'Etat, comme les moyens matériels permettant au système éducatif de répondre aux enjeux qui l'attendent:de ces enjeux inscrits au coeur d'une société,d'une culture avec ses paradoxes et avec son rayonnement, ses heurs et ses malheurs, dans le choc des civilisations en présence ,dans le monde .

Les chances d'un système éducatif cohérent

Invitée par l'UNECO à réfléchir et à présenter une orientantion pour l'éducation au 21è siècle, la commission internationale sur l'éducation pour le 21è siècle a défini ainsi les principes d'une éducation nouvelle: "apprendre à connaître, apprendre à faire, apprendre à vivre ensemble, apprendre à être". L'éducation dès lors apparaît comme un exercice permanent pour tous et partout, qui consisterait à réapprendre sans cesse, à être et à exister.

Déjà la conférence mondiale sur l'éducation pour tous réunie par l'UNESCO, la Banque Mondiale, le PNUD et l'UNICEF à Jomtien en 1990 précisait la nature et le sens de la préocupation et d'une politique de l'éducation pour tous. Elle indiquait la nécessité de la définition du statut des enseignants, tout en soulignant la responsabilité des parents, de la communauté locale, de la société civile et de l'Etat avant d'esquisser une présentation d'un programme type .

A la lecture du rapport sur l'état de l'éducation en Afrique présenté par l'UNESCO en 1997 prolongé par celui de la conférence des Ministres africains de l'éducation tenue à Durban en 1998 et relayée par celle de l'OUA à Harare en 1999, il apparaît assez nettement que le développement de l'éducation est tributaire des facteurs d'apparence quelques fois secondaires mais finalement déterminants pour son succès. Parmi ces facteurs, la liberté de choix et d'expression appelée démocratie, la jouissance d'un minimun de moyens de vie et d'action, l'état de non-pauvreté, la paix civile et sociale viennent s'ajouter à la responsabilité des agents de l'éducation dans la maîtrise de leur action respective . Un regard cursif sur chacun de ces éléments peut permettre un meilleur en- tendement, une prise de conscience et peut-être un engagement à chaque niveau.

La fonction de l'éducation.

Telle qu'elle était perçue déjà à Jomtien relayée par Dakar, Durban et Harare, cette fonction se traduisait par des activités d'éducation et de formation comprenant certes l'alphabétisation mais aussi les savoir faire, les attitudes et les comportements.

Si des Etats africains, ainsi qu'en atteste le rapport de l'UNESCO cité plus haut, ont tenté des réformes de systèmes, la fonction de l'éducation, même clamée haut et fort reste une ambition à traduire en programmes d'action.Une des difficultés-un véritable défi étant d'éduquer à des attitudes à des comportements. Une tâche assurément à long terme. On peut évoquer l'éducation à des changements de mentalité comme dans l'approche de la prévention contre le sida ou pour une culture de la paix.

Une recette cependant existait dans l'école traditionnelle. Dans la période de l'initiation, la jeune fille était informée et initiée à des tâches familiales et ménagères, à l'observance de taboux etc. On le voit aujourd'hui, cette formation était solide. Puisqu'aujourd'hui encore elle fait ses preuves ayant forgé des caractères.

On sait la difficulté qu'il y a aujourd'hui à réprimer l'attachement à la pénible pratique de l'excision et pas seulement dans les milieux ruraux. Et l'on peut s'interroger sur la force du succès de cette éducation. Sans doute le cadre, la société, les liens existant entre les éducateurs, les initiateurs, la société elle-même, la famille et le jeune initié, tous adhérant aux mêmes idéaux et animés du même souci.

Peut-être que dans la définition des fonctions de l'éducation en Afrique aujourd'hui faudra-t-il il aller au délà de la simple évocation des "attitudes et comportements" et amener les responsables à désigner formellement et peut-être avec une force de loi l'éducation civique, l'éducation familiale, l'éducation morale.

Peut-être faudra-t-il que l'éducation aux "savoir faire " soit plus spécialisée, plus adaptée, performannte, et sélective en fonction des réalités du marché, à l'image de la tradition, suffisamment complète pour permettre l'initiative dans les micro-entreprises mais suffisamment ouverte pour faciliter la reconversion en fonction du marché tout en assurant une base culturelle et technique qui permette au bénéficiaire de s'intégrer dans sa société et de s'y épanouir.

2. Les projets d'éducation

Si l'éducation pour tous occupe tous les fronts dans la bataille de l'éducation, la conception de sa mise en chantier n'est pas toujours clairement perçue.Certes l'alphabétisation serait un point de départ. Mais cette alphabétisation serait largement soutenue par bien des pratiques culturelles telles que la lecture, l'utilisation de l'audio-visuel, la pratique et le recours aux langues nationales et locales.

Quant à la formation professionnelle ainsi qu'on l'a vu plus haut, elle mérite à la fois une vision à long terme, pragmatisme et flexibilité outre la connaissance du marché. A cet égard, une formation peut-être organisée dans le sillage d'une entreprise a priori pourvu que la satisfaction des besoins de l'entreprise n'en soit pas la seule finalité . Il s'agit en effet de préparer les cadres à une profession dans un domaine. Ce qui laisse une marge suffisante à l'adaptabilité, la fermeture d'une mine désaffectée par exemple ne devant pas priver l'agent formé de tout emploi futur, mais bien au contraire lui permettant de se recycler dans une mine d'un pays voisin.

Dans cette formation aux métiers de façon insistante un système plus développé doit encore être conçu et développé en Afrique pour l'Afrique. Lorsque, comme on l'a vu en décembre1999 dans les grands marchés de Kinshasa, les produits alimentaires pouvant permettre à la population de fêter la fin d'un siècle, nonobstant la misère politique et sociale et même en ignorant celle-ci, sont largement cultivés et vendus par les femmes, on perçoit la nécessité absolue de préparer pour cette catégorie sociale un cadre pour affiner, perfectionner ses initiatives. Bien plus, un encadrement technique devrait permettre à la fois des connaissances plus organisées et l'acquisition d'un outillage adapté.

Des tentatives avaient vu le jour sur le fumage du poisson à l'état industriel au Gabon à Lambarene. Il s'agit de recenser ces initiatives, de les codifier de les diffuser pour la formation.

Mais c'est l'enseignement scientifique et technique général pour la jeune fille qui déjà retient l'attention. C'est la place et le rôle de la femme dans le processus du développement général en Afrique qui milite en faveur de cette formation. La femme peut en effet, de par ses initiatives diverses, à titre d'exemple les tontines ou les associations de solidarité pour l'épargne, réussir à leur donner un développement particulier.

Enfin, l'éducation en Afrique cherchant à préparer des agents pour le développement en liaison permanente avec le terroir et la nature environnante gagnera à être une éducation-recherche, visant à éveiller l'attention pour susciter les interrogations et soutenir la recherche.A l'initiative du savant malien Diara en collaboration avec l'UNESCO, une réunion panafricaine s'est tenue en Octobre 1999 à Libreville dans cette perspective. Un programme de formation peut être mis en place permettant d'identifier les "génies en herbe" auxquels une orientation particulière pourrait être aménagée.Des programmes de ce type ont existé ailleurs et ils ont produit des résultats positifs. Le Vénézuela a eu un ministère du développement de l'intelligence. Le Japon au travres du MITI a favorisé l'éclosion de l'inventivité. Il s'agit d'avoir la conviction que l'Afrique de par son génie propre est à même de contribuer à l'avancement de la connaissance.

Mais ce type de projets en particulier suppose une vision claire et une adhésion forte à un projet de développement Et c'est là qu'intervient le rôle des agents de l'éducation.

3. Les agents de l'éducation

Ces agents, c'est d'abord les premiers intéressés, les élèves. Leur encadrement devrait au départ de la maison, de la famille les préparer à savoir que l'école est un complément indispensable pour faire d'eux des êtres utiles, des agents indispensables pour la société. C'est motivés qu'ils pourront se mettre à la tâche, convaincus de faire oeuvre utile et de se préparer aux devoirs futurs.

Or aujourd'hui, plus d'un sont frustrés, les diplômés sans emploi de plus en plus nombreux venant conforter le sentiment que l'école pourrait ne pas être adaptée à la société. Il y a pire. Il y a le cortège de réussites personnelles (en argent, en affaires ou en politique) que ne justifie aucun titre scolaire ou un cursus particulier risquant de donner l'impression selon laquelle l'école n'est pas indispensable.

Au delà du programme qui doit être adapté aux conditions vues plus haut, au delà des obligations de la communauté vis-à-vis du marché de l'emploi, les formateurs, les enseignants, ont un devoir central d'informer, de former et de façonner les agents de développement. Cela suppose qu'eux-mêmes en sont largement informés et convaincus. Leur volonté ne devrait pas être ébranlée par l'absence d'un statut professionnel adéquat et des conditions matérielles précaires.

Bien entendu, la communauté nationale, l'Etat en particulier, a un devoir de doter la carrière enseignante d'un statut à l'image de la place réelle de l'éducation dans la formation de son pays, de son développement, de son avenir. C'est dans l'élaboration des budgets nationaux que l'arbitrage des priorités devra témoigner de l'importance réelle et effective que l'Etat voue à l'éducation et en particulier à ceux qui en ont la charge. Car des gaspillages, il y en a.

Elle est importante la réconciliation, l'interraction entre l'élève, le maître, le programme, l'emploi, l'Etat. Ce n'est que lorsqu'à ces différents échellons, les responsabilités ont été assumées que le fautif peut être blamé. C'est lorsque tous ces paramètres sont en place, que l'on peut périodiquement apprécier les parcours, réajuster les tirs et évaluer en aval les résultats atteints.Le réalisme, il est vrai, imposera à côté de l'Etat d'autres partenaires. Ce seront des entreprises privées, des bailleurs de fonds internationaux, des communautés locales. Il s'agit cependant que l'Etat n'abdique pas de sa fonction de base qui est de définir le cadre et les orientations de l'éducation nationale sans céder au dirigisme. Il s'agit d'éviter que des formations centrifuges ne s'installent et qu'à terme l'éducation même de base échappe à l'Etat, l'empêchant d'intervenir dans la définition du type d'homme à former pour le pays.

Car les enjeux de l'éducation sont ceux-là mêmes de l'Etat et de son avenir, celui de la nation.

Enjeux de l'éducation

L'éducation, en effet, affaire de tous, bénéficiera de l'apport de tous. Cela suppose à la base, le droit de contribuer pour tous, ce qui veut dire le droit à la libre expression, la démocratie.Le droit à l'éducation, le droit d'éduquer ne peut pas s'exercer dans la contrainte, sous la force des armes, dans un état de guerre. La paix seule permet la construction et la reconstruction.Car, ainsi défini le système éducatif est à reconstruire en Afrique et c'est fréquent d'entendre parler ici et là des Etats généraux de l'éducation. Ont-ils un sens en dehors d'un regard général sur la société, son état, ses tendances, sa dynamique à saisir pour les transformations indispensables? Qu'est-ce, en définitive, sinon l'état de la culture!

Les ressorts d'une culture dynamique

Une culture qui est développement

Dans son essence même, le développement est inscrit au coeur de la culture. L'honnête homme de l'antiquité gréco-romaine n'était rien d'autre qu'un être fait d'équilibre, connaissant les lois de la cité et les préceptes des dieux, les respectant et assurant ainsi dans la cité l'harmonie qui la rendait agréable à vivre. Il était bon et donc beau. De cette beauté que le philosophe voit inscrite dans la splendeur du vrai. La connaissance des préceptes et des règles de la tradition transmise lors de l'initiation mais aussi tout au long de sa formation façonnait le jeune africain pour en faire un citoyen respectueux des règles, connaissant les métiers, un travailleur utile à la société, préoccupé de fonder un foyer et d'assurer la continuation de la lignée du clan, sous l'oeil favorable des ancêtres et du Dieu puissant. Cette harmonie entre les vivants et les morts, l'univers, l'environnement et les habitants de la terre rythmait les saisons et assurait le bonheur, la paix et l'entente entre tous. Ce développement là était assuré par cette culture réconciliée avec elle-même. Mais est-elle à magnifier et à réinstaurer pour autant?

Un effort de relecture

L'effort à faire aujourd'hui que les sociétés africaines ont été bousculées dans leur essence est moins de recoudre les pièces d'une dynamique du passé que d'interroger le présent et de repérer les lignes forces des aspirations, du bonheur et par ricochet le type d'homme idéal à reformuler pour une société à réinterpreter dans ses paramètres.

Peut-être se trouvera-t-on face à ce qu'on a appelé "blocages vis à vis du développement", les résistances au changement seraient inscrites dans la tradition.Ne faudra-t-il pas plutôt regarder du côté des méthodes?

On ne balaye pas les tabous sans substitution. On ne les dénonce pas sans un dialogue préalable. Car, il s'agit moins d'une pratique que d'une vision. Et c'est à l'intérieur d'une vision nouvelle que des perspectives comprises et acceptées peuvent amener des changements sans violence et durables.

Dans l'étude de l'approche culturelle de la prévention contre le sida, on note que l'usage du préservatif dans les milieux ruraux en Afrique se heurte parfois à une résistance. Ce domaine est sacré. Il est régi par une morale traditionnelle de la sexualité qui pouvait se passer de ces précautions. Non pas que dans la tradition il n'y ait pas eu de déviants. Ils étaient identifiés et soumis à un traitement particulier, la préservation de la société ayant toujours été au premier plan des préoccupations.

A ce sujet on a longtemps épilogué sur le sens de la vie, le respect de la vie chez les africains. On serait tenté de crier au paradoxe quand on voit les conséquences affreuses des guerres qui déchirent le continent aujourd'hui. Dans un ouvrage publié aux éditions Odile Jacob en janvier 2000 Laurent Murawiee s'écrie: "Toujours et encore, nous ferons la guerre". Face à cette donnée géostratégique, seules les cultures fortes ont des chances d'avoir la maîtrise de leur destin. La vie, oui, la vie reste le leitmotiv, l'explication dernière du cheminement du citoyen, de la naissance à la mort, dans les étapes majeures de l'existence. La célébration de ces moments a donné lieu à des manifestations culturelles aujourd'hui appelées art africain. L'excellence de ces manifestations a pu en effet donner l'occasion aux "faiseurs de culture" de se surpasser et de produire des oeuvres d'une qualité inégalable. Il est vrai que c'est davantage la valeur esthétique qui a pu impressionner au départ d'ailleurs perçue d'emblée comme étrange, exotique.

Une culture qui explose dans le monde.

Mais la conquête de ses lettres de noblesse, la culture africaine l'accomplit jour après jour. Dans la diaspora américaine ou des descendants d'une communauté sont à la recherche de leurs racines et où la mélancolie réveille une créativité somnolente, ce ne sont plus seulement les negro-spirituals et les masques qui attirent, c'est des festivals de films, de musique et de danse qui deviennent une affaire, un business pour les promotteurs comme pour les artistes.
Et l'Europe?
D'abord un lieu de recyclage, elle est devenue un siège de la création, de remodelage, de lancement de l'art africain. Et pas seulement l'Europe. Les manifestations de la culture, de l'art africain sont de toutes les fêtes dans le monde aujourd'hui. Et ce n'est pas toujours pour son bonheur .

Source d'inspiration, l'art africain est progressivement menacé de nivellement, de standardisation.Et c'est là que les choses se gâtent. Car non seulement l'acculturation mais la mondialisation conduit à ce nivellement, à cette uniformisation qui, à terme, est un appauvrissement quoique les recettes de l'électronique et l'arsenal des technologies aient prêté à la créativité africaine leur écho planétaire.

Enjeux de la culture africaine

Mais les enjeux de la culture africaine aujourd'hui ne sont certainement pas d'être reconnue et intégrée aux cultures dominantes. Ils restent contenus dans son apport dont sa spécificité est une garantie.La face moderne de sa présentation ne doit pas masquer sa nature.En revendiquant aujourd'hui pour sa promotion et son impact la cure nécessaire à toute culture contemporaine, on ne lui impose pas de se défigurer. Le recensement et la promotion des savoirs traditionnels, l'inventaire et l'adoption d'une stratégie de développement des industries culturelles, la mise en place de structures performantes de gestion, de promotion et de commercialisation tout cela appelle la redéfinition d'un cadre adapté pour une réalité, la réalité d'une culture existante, spécifique dans sa nature , dynamique dans son action, rayonnante dans sa manifestation. Décomplexée.

Et c'est un combat inachevé! A poursuivre.

Car c'est cette culture qui définit le cadre d'évolution et d'éducation de l'homme africain d'aujourd'hui, au travers des différentes étapes de formation, de sa jeune enfance à sa maturité. C'est elle qui peut faire de lui un agent du développement, c'est-à-dire, du bonheur de sa société.

C- Pour un progrès véritable

Le développement en effet comprend des changements dans les mentalités les habitudes sociales et les institutions d'une population qui mettent celle-ci en état d'opérer sa croissance. Croissance économique, certes, mais en vue du mieux-être. Pour y parvenir il n y a pas d'autre voie que la connaissance . Une connaissance digérée, maîtrisée et finalement apprivoisée à même de conférer à son détenteur non seulement la capacité de la remodeler, mais en définitive de participer à armes égales à la conquête de l'univers et à l' aménagement pour l'homme du cadre d'accomplissement du rêve prométhéen . L'ensemble de ces connaissances constituent le savoir.

1. La maîtrise du savoir

Le savoir au 21è siècle représente un atout majeur, aujourd'hui, un des pouvoirs clés de la domination. La connaissance, l'information est même considérée par les stratégies comme étant l'arme terrible des guerres à venir. Mais ce savoir suppose une initiation et une maîtrise des moyens technologiques des media modernes.

On a parlé du transfert des technologies. Celui-ci est à comprendre non comme l'installation de chameaux technologiques, mais comme l'acquisition d'un instrument rendu nécessaire par la réalité des choses, une vision du monde. Car toute innovation technologique est une intrusion dans une culture.

Des jeux tel que Kiela et autres recettes de la tradition orale africaine ont donné lieu à des recherches sur le langage. D'aucuns y ont lu un système informatique à décoder, à étudier, analyser et utiliser pour la construction d'un système de communication moderne.

La recherche en tout état de cause reste à cet égard incontournable car elle se situe au point d'arrivée et au point de départ de la connaissance. Le développement de la recherche dans les institutions d'enseignement, une recherche appliquée, recherche-développement, mais également une recherche fondamentale, recherche de pointe, demeurant la voie royale pour la maîtrise du savoir et son enrichissement.

L'inventivité et la créativité

L'enrichissement du savoir devient effectif lorsque la recherche porte sur l'essence des choses, sur les fondements, découvre et crée .

Dans la création, il y a toujours une part du génie, de l'inné. Mais il y a aussi une composante technique, des formes, qui suppose une connaissance du cadre, du moule par lequel le produit de la création est coulé. L'éducation rencontre la culture. La structure technique, vient s'incruster dans une donnée préexistante ou plutôt coexistante, imprimer son modèle qui forcément portera la trace, unique, du géniteur. Ce faisant le créateur apporte à la création générale de l'humanité un plus mais toujours original, permettant à l'homme de reprendre du ressort et, périodiquement, d'arriver à se réinventer.

Une culture pour tous

Même aux temps des connaissances planétaires, d'une diffusion universelle de l'information, de l'événement, il y a place pour l'original, le spécifique et le créateur est encore applaudi. En effet, si la mondialisation menace la création, inhibant le génie et mettant en péril le produit de la création c'est davantage pour le risque qu'elle présente de standardisation, la revendication de l'exception culturelle révélant l'incomfort dans lequel le créateur intellectuel se trouve jeté, troublé face aux impératifs de l'environnement du monde d'aujourd'hui.

Mais ne faut-il pas plutôt qu'il saississe là une opportunité unique dans l'histoire de l'humanité. De pouvoir s'interconnecter à toutes les cultures et à toutes les civilisations du monde, d'apprendre d'elles et d'alimenter sa propre réserve d'informations techniques et de pouvoir créer à nouveau. des produits autrement enrichis. Mais également de transmettre son propre message, de le voir adopté et diffusé à l'échelle planétaire. De réaliser en définitive que, finalement, il n'y a pas de bonheur à être heureux tout seul. La solidarité n'est-elle pas une valeur africaine fondamentale?

Aux limites de la culture et de l'éducation

Parlant de la diversité des sciences dans l'unité du savoir, un brillant professeur pouvait confesser que la vraie science consiste à savoir presque tout sur presque rien. Il pouvait ajouter que seule l'addition de savants peut permettre de faire avancer substantiellement la société. C'est que l'éducation la mieux structurée, la culture la plus riche et la plus dynamique gardent en elles une insuffisance, une partialité fondamentale. Elles sont semblables à une pirogue, un coup de rame l'envoit à droite, un autre la fait dévier sur la gauche,et la ligne droite est ainsi maintenue par embardées successives.

En interrogeant le système éducatif en Afrique, son projet, ses acteurs et ses enjeux dans une culture à relire dans un contexte nouveau, c'est une société, un monde qui est interpellé, un champ immense encore à découvrir qui, peut-être, réserve encore des surprises.

Elles témoigneront, ces surprises, de la richesse incommensurable inscrite dans la nature de l'homme. Aussi notre questionnement, notre quête n'est-elle qu'une modeste contribution à la recherche du progrès pour l'homme en Afrique, respectueuse de sa culture et informé de sa civilisation millénaire, généreuse et accueillante, loin, très loin de cette "épave flottant à la surface du système international" qu'y a vu Laurent Murawice, sans indulgence aucune. Sans doute victime d'une myopie inguérissable! Sinon, le partenariat Europe-Afrique qui se dessine ce jour au Caire n'aura été finalement qu'un marché de dupes!

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