Democratie et Droits Humains
Patricia McFadden
Southern African Political and Economic Series (SAPES) Trust
Harare, Zimbabwe
English
Le 14 février de 2000Je voudrais commencer ma presentation par accepter et celebrer cette initiative qui nous renforce, quelque soit la maniere dont nous sommes venus a être ce que nous sommes et a faire ce que nous faisons dans nos rapports avec l’Afrique ; en tant qu’espace geopolitique ; comme paysage riche et toujours changeant de peuples et de systemes sociaux ; comme site, garde avec ferveur et force, d’identite et d’authentification ; une histoire de douleur et d’orgueil a fleur de peau ; comme bruits qui ont resonne a travers le temps dans les doigts, les membres et les voix des femmes et des hommes celebrant la vie dans la danse, l’art, l’habillement, le rythme et les mots ; comme le continent du futur ou la vie semble avoir toujours ete sur les defis et les joies de vivre.
J’aimerais, dans mon intervention, commencer – en grande partie pour moi-même qui suis activiste et rassemble des energies intellectuelles africaines – a exposer quelques idees tout a fait preliminaires qui pourraient eventuellement servir de jalons dans le cheminement de ma pensee pour parvenir a une meilleure comprehension de ce que portent les notions de democratie et de droits humains pour une autre sorte d’Afrique.
Je veux donc aborder cette discussion sur la Democratie et le s Droits Humains, comme une occasion d’interroger et de devoiler la relation entre :
l’identite d’être Africain et les notions d’integrite et d’autonomie ; les discours historiques qui ont construit la democratie et les droits dans les histoires des communautes et les traditions qui ‘collectivisent’ ; et l’ exigence croissante d’une reconnaissance de l’Africain comme un individu et une personne qui doit avoir des droits et qui peut et exercera ces droits ; et l’etablissement de liens entre les chaînes de l’authenticite (concernant le sexe/la location spatiale/l’apparence) et la ‘creation de l’Autre’ (Othering) d’une part ; la reification de l’exclusion qui perpetue et facilite les relations et les pratiques non democratiques continuant de saper et/ou de violer les droits humains des Africains, sur le continent et ailleurs.
J’interprete le discours sur la democratie et les droits humains comme une occasion passionnante de questionner les vieux paradigmes et les positions politiques concernant ces notions – soit, l’on est positionne dans une societe civile (avec toutes les possibilites de tisser les points communs et de proclamer les differences), soit, l’on aborde cet engagement d’une position ‘nationaliste’, guidee par des sentiments souvent non reconnus, mais pourtant bien connus de loyaute et d’attachement. Un ami tres cher, qui a consacre la majeure partie de sa vie d’ecriture a chercher a comprendre le nationalisme, m’a declare que le nationalisme etait une emotion, une sensation irresistible, qui martele l’esprit et que chacun ressent dans ses tripes – qui reste avec soi pour ce qui reste une eternite.
Quelle que soit la maniere dont nous venons a l’engagement d’arracher l’ Afrique d’un passe marque par la douleur, la colere, la rupture et la resistance, des points les plus critiques exigent notre attention et notre respect.
Comment les entites physiques deviennent-elles des personnes – individus dotes de d’integrite et d’autonomie, specialement en relation avec l’espace (comment et quand cet espace est-il construit et occupe) et les droits (comme phenomene civique qui resulte des energies collectives et des luttes des gens comme communaute).
Comment ces personnes deviennent-elles des individus et accedent par la suite au statut de citoyen, avec une conscience qui se traduit dans un engagement actif avec des expressions de pouvoir structurelles, politiques et esoteriques dans une societe differente, plus inclusive.
Je ne pense pas que nous pouvons commencer a repondre de maniere adequate a toutes les possibilites de cette occasion discursive pour questionner les significations et les aspirations que les Africains apportent aux notions de democratie et de droits humains, sans engager le devenir citoyen de tous les Africains sur les sites multiples d’identite qui nous faconnent dans nos realites vecues respectives.
Je voudrais reflechir tres brievement sur les trois aspects du debat mentionnes ci-dessus, alors que je ‘mâche et rumine’ nombre d’affirmations que je ferai , en partie parce que le discours est reste largement hegemonique avec les notions plus traditionnelles de democratie, de droits humains, de statut de la personne (person-hood), qui repose sur une epistemologie eurocentrique et masculiniste de la pensee positiviste ; et en partie a cause des bouleversements que l’intervention feministe africaine a suscites dans le savoir academique africain et a des niveaux de societe plus larges (Etat et societe civile).
Mes interventions resultent de cette nouvelle et excitante critique feministe des repugnances academiques et civiques dans certains cas ; et de l’augmentation des expressions de plus en plus nettes d’un ‘retour de flamme ’ (backlash) qui se manifestent dans l’accroissement souvent inexplicable des violations dans les spheres publiques et privees de l’existence en Afrique.
Ma premiere affirmation est que :
Pour avoir une citoyennete active ; un groupe d’agents qui discutent sur le pouvoir et les questions liees au pouvoir – on doit d’abord devenir un citoyen. Et la plupart des Africains ne sont pas encore des citoyens, ni dans la maniere dont ils se percoivent eux-mêmes (au niveau de l’individu avec une identite et un agencement pour agir avec son environnement et sa realite socio-politique) ou en termes de relations interpersonelles et comment ils etablissent des rapports les uns aux autres a travers les sources les plus critiques de l’identite dans nos societes (sexe, race, classe, ethnicite, âge, location spatiale et autres statuts).
Les Africains ne sont pas non plus citoyens en termes de relations avec les structures societales comme l’Etat, les structures de la societe civile et les autres institutions-cles qui sont intermediaires entre les personnes et les ressources critiques en termes politique, economique, culturel et religieux.
Cependant, devenir citoyen depend non seulement de la conception propre a chacun et comprehension de la notion (et de ce fait l’accession a des droits et des ressources ou des choses dues associees a la notion, specialement son caractere d’inalienabilite), mais devenir et être citoyen est aussi lie, de la maniere la plus critique, au processus qui est en interface avec l’ initiative humaine d’être quelqu’un qui a des droits et dont l’action est guidee par l’appropriation et l’exercice de tels droits, d’une part, avec l’ invention et la realisation des procedures et procedes – mecanismes qui sont reels, parce que les personnes peuvent les atteindre et les utiliser dans leur existence quotidienne comme individus, membres de collectivites et d’ electorats historiques particuliers – pour exprimer leur creativite et energie comme entites sociales.
C’est dans l’interface entre ce que nous avons souvent decrit comme ‘droits humains’ – produits de luttes sociales et politiques ; phenomenes civiques qui emergent de realites politiques et de visions de communautes entieres de personnes – et d’espaces civiques que nous avons faconnes a travers nos relations avec d’autres êtres humains ; relations qui s’expriment dans les structures, les formules et les systemes materiels et esthetiques que nous avons nommes institutions et organisations – les pistes que nous empruntons dans nos vies qui sont codees par nos valeurs, prejuges, suppositions et attentes – que les nouvelles et critiques significations et energies pour une autre justice sociale reposent.
Les societes humaines ont cree les institutions et les ‘espaces d’ appartenance et d’identite’ les plus durables et les plus pertinentes socialement a travers la mobilisation de l’action et du savoir humains. Nous avons defini de tels moments comme ‘democratiques’ parce qu’ils expriment et parlent aux desirs les plus profonds de paix, d’impartialite (justice), de liberte et de consolidation de ce qui fait de nous des êtres sociaux.
C’est dans l’extension de ces communs – les espaces civiques ou les droits et les dus ont emerge et ou ils sont ancres le plus ouvertement (sans tenir compte du fait que les differences nous fragmentent et nous separent dans nos specificites comme êtres sociaux sexues, appartenant a des classes, races et ethnies) – que les droits deviennent inalienables. Ils deviennent des resultats de la democratie dans ses sens pratiques et conceptuels. Ils deviennent la base de l’existence de tous les êtres humains.
Cependant, ces notions ont ete ancrees profondement dans des paradigmes d’ exclusion ; les femmes en particulier ont ete exclues de ce processus ‘d’ acquerir des droits’ (righted) et d’entrer par consequent dans l’experience transformatrice de connaître et de d’exercer ses droits, d’être citoyen ; le processus de democratisation et d’acquisition de droits dans nos societes est demeure severement tronque et profondement conteste.
Ceci est largement dû aux constructions patriarcales du travail des femmes comme etant sans valeur ou sans equivalence a celui des hommes ; le corps des femmes etant la propriete privee des hommes (en tant qu’epouses, filles, sœurs, nieces, etc.) ; les connaissances des femmes etant de simples bavardages ou des ‘subjectivites’ qui ne peuvent être incorporees a la masse des connaissance de societes dont l’homme est la reference ; et a travers les systemes legaux qui continuent de definir les femmes avec les notions sexistes, ‘supremacistes’ d’inferiorite et de subordination – chacune d’ entre elles mobilisant la culture comme une arme et une ressource qui exclue les femmes des sites les plus critiques de la creativite sociale, alors qu’ elles privilegient et dorlotent les hommes comme ceux qui ‘savent’ dans nos societes ; les femmes ont toujours a lutter pour faire irruption dans les sites les plus critiques de la contestation dans toutes les societes africaines sans exception.
Donc, la question–cle que nous avons besoin d’engager est de savoir comment initier un processus qui nous permet de reflechir sur nos relations comme Africains (a travers les themes fortement contestes de l’authenticite et de l’authentification) qui semblent être liees si intimement a l’exclusion et a la creation de l’autre (Othering) des Africains qui sont femmes, jeunes et personnes vivant dans ce que nous appelons les espaces ‘ruraux’ du continent.
Quand nous considerons la position des Africains – qui est determinee a bien des egards par la socialisation, les pratiques culturelles, les conventions et les lois portant sur le statut social qui ont ete legalisees comme lois soi-disant coutumieres et sont maintenant inscrites dans les constitutions de la plupart des pays africains comme expressions de notre difference d’ avec l’Autre Europeen en particulier), nous voyons que ceux qui ‘authentifient’ l’Africanite (African-ness) ont assume un caractere de ‘sens commun’ dans notre langage, nos interactions, nos presomptions sur les uns et les autres, particulierement a travers la division entre les sexes. C’est la prise en commun de ce qui representait en realite des mecanismes patriarcaux de privilege qui est une epreuve critique dans le processus de modernisation des Africains.
La reification de l’Alterite (Otherness), et c’est souvent accepte sans contestation par ceux qui sont exclus des debats et discours modernes sur les significations et l’exercice de la democratie, des droits humains et des droits a – la terre, les ressources naturelles, les heritages sociaux et culturels et l’engagement politique – represente un defi majeur pour les activistes et les savants.
La supposition implicite (alors que le discours sur la democratie, la gouvernance et les droits humains est devenu universel et ainsi plus accessible et approprie collectivement, le rendant plus ouvert aux diverses interpretations de ceux qui contestent et se bousculent pour ses definition et direction) que chaque groupe d’êtres humains (caracterises par sexe, classe, race, location geopolitique, âge, identite ethnique, etc.) devra resoudre les mythes et les distorsions ‘culturalisees’ (culturalized) de ces ressources humaines critiques dans le contexte de leur realites specifiques, de maniere a acceder a une notion universalisee de droits, est devenu un imperatif urgent pour l’activisme et le monde academique africain.
Nous pouvons nous battre pour la democratie et les droits au niveau global – parce que nous vivons dans un monde globalisant et globalise. Mais les luttes les plus critiques restent dans la realite de l’Afrique comme un continent non prepare pour le 21e siecle, parce que les gens, dans leur majorite, ne sont pas devenus des personnes, avec une integrite reconnue et respectee qui s’exprime dans le droit garanti d’être des citoyens a part entiere qui se sont approprie le continent en termes local, regional et continental.
C’est pour moi le defi du 21e siecle – un siecle qui devra être le point tournant dans le faconnement, la mise en place et la realisation de l’ Afrique comme un espace democratique et de droit.
Africa Policy Information Center
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