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Politiques Internationales, Réalités Africaines

Les Enjeux Culturels en Afrique et les Problèmes de l'éducation dans la Société de l'Information
Rabia Abdelkrim-Chikh
ENDA Tiers Monde
Dakar, Senegal

English

Le 30 avril de 2000

Les Enjeux Culturels en Afrique et les Problèmes de l'éducation dans la Société de l'Information

La contribution propose deux axes stratégiques pour le débat:

1.Comment garantir l'accès universel aux savoirs et assurer l'éducation pour tous?

2.Les enjeux culturels de la production de contenus endogènes dans le contexte de la globalisation.

Le problème:
A quelles conditions les NTIC pourraient être une opportunité pour le développement en Afrique? D'une part pour que les outils soient utilisés pour améliorer les situations d'apprentissages dans tous les domaines et notamment la question principale de l'alphabétisation de la majorité de la population; D'autre part que soient valorisés les savoirs et connaissances africaines qui expriment une culture, c'est à dire une vision du monde, une manière d'être et de faire, un système de relations sociales entre soi et les autres.

1.Pour articuler ces deux questions il s'agit d'examiner les conséquences de l'enjeu principal dans le nouveau contexte appelé mondialisation/globalisation: la production de contenus endogènes.

L'Afrique souffre d'un déficit majeur de production dans tous les domaines: les biens et les services; mais aussi les visions et les politiques qui définissent le /UN modèle de développement. Les politiques d'ajustement structurel ont eu des effets sociaux qui ont aggravé les conditions de vie des plus vulnérables et en particulier le système éducatif qui se révèle incapable d'assurer une éducation pour tous en quantité, mais totalement inadapté en termes de contenus.

La question devient alors :comment utiliser pour le développement, les possibilités offertes par les nouveaux outils de diffusion des savoirs et connaissances produits dans le monde, pour que l'Afrique en bénéficient sans payer le prix d'une désintégration sociale et culturelle comme par le passé. C'est le défi principal .

2.Une des réponses à la question posée en entrée est oui c'est possible que les NTIC constituent une chance pour l'Afrique: la technologie et ses usages sont facilement appropriables (relativement aux autres technologies); cependant si la réponse est oui(pour éviter le repli sur soi d'ailleurs impossible ) ce le sera à plusieurs conditions:

-Utiliser les NTIC doit être en même temps l'occasion de revisiter tous les contenus et les domaines du développement : les démarches et les attitudes des acteurs du développement( bailleurs de fonds, ONGs etc.); créer une masse critique de points de rupture avec les méthodes et politiques qui ont fait faillite par le passé.

-Partir des ressources existantes: valoriser les savoirs et savoirs faire, les innovations sociales et techniques disséminées dans les expériences des acteurs populaires en réponse/ résistance aux politiques macro économiques qui ont désagrégé les connaissances mais surtout ont porté atteinte à l'estime de soi. (En Afrique de l'Ouest, depuis la dévaluation du franc CFA, l'humour populaire pour désigner une personne en difficulté, la nomme dévaluée ou ajustée).

Ce cadre général des conditions nécessaires pour l'utilisation des NTIC, a une double implication:

-Au niveau pratique: trouver les moyens d'organiser l'accès aux NTICs; mettre en place des processus de démocratisation qui assure, comme l'éducation de base et aussi pour la réussir , un accès universel aux savoirs.

- Accompagner ce processus de démocratisation des outils pour les intégrer dans le tissu social, par l'appui à la production de contenus endogènes qui valorisent les connaissances et savoirs faire de l'Afrique.

- Comment mettre en ouvre les conditions d'application ?

ACCES COLLECTIF ET CULTURE DE LA SOLIDARITE

Un premier constat : c'est le rapport de forces défavorable à l'Afrique; que ce soit sur le plan des infrastructures (électricité,télécommunications); que ce soit sur le plan des capacités à faire valoir les visions d'un autre modèle de développement et un paradigme nouveau de l'économie, qui intègre au lieu d'exclure.

Cependant, il est possible de faire l'hypothèse que l'utilisation et surtout l'appropriation des NTICs par des groupes d'acteurs la plus large possible permettrait de peser pour modifier le rapport de forces et rectifier le modèle des usages individuels.

L'obstacle majeur des infrastructures peut être contourné précisément en prenant appui sur les pratiques sociales ancrées dans une culture de la solidarité des groupes populaires. Pour le téléphone par exemple, chaque foyer est loin d'être équipé et les taux en Afrique sont très faibles si on utilise les paramètres des sociétés développées(USA, Allemagne, France etc.) Cependant l'accès est beaucoup plus large que le nombre d'abonnés aux télécommunications:
-d' une part à cause des pratiques quotidiennes de solidarité: pour un téléphone recensé dans un foyer abonné, ce sont des dizaines d'usagers appartenant à plusieurs familles vivant dans le voisinage, qui ont accès aux différents services.
-d' autre part, les Télécentres eux mêmes servent aux usagers pour non seulement les appels payants mais aussi pour la réception des messages.

Et depuis peu, sur le modèle de la borne fontaine , qui a permis de résoudre l'alimentation en eau de centaines de familles populaires, des expériences de centres de ressources communautaires dotés d'un équipement multi media organisent des accès collectifs aux usages des NTICs. Il est donc possible d'organiser l'accès universel aux savoirs par le renforcement des expériences qui se développent en Afrique. Et bien évidemment par des politiques qui soutiennent les coûts de connexion et les différentes taxes sur les équipements pour des usages communautaires.(Ce point sera développé ultérieurement par la restitution d'une expérience en cours au Sénégal).

Si le premier problème de l'éducation au sens large peut être "réglé" par la multiplication des accès collectifs qui s'appuient sur la culture vivante de la solidarité, restent entiers les problèmes de la production de contenus.

LES ENJEUX CULTURELS ET LA PRODUCTION DE CONTENUS

Les enjeux culturels concernent les domaines
-Les langues nationales
-La culture orale
-L'analphabétisme

Le problème de l'analphabétisme est lié à celui de l'accès et en termes quantitatifs, et l'on sait qu'une des applications les plus immédiates des NTIC pour le développement peut se réaliser dans le domaine de l'éducation, car les apprentissages et auto apprentissages se font plus facilement par essais et erreurs avec un ordinateur que dans des classes surchargées.Sur ce plan, il s'agit d'un problème organisationnel pas très difficile à résoudre.

Cependant se pose à nouveau la question des contenus et celui des savoirs universels auxquels il est possible d'accéder. Y a -t-il un savoir universel "légitime" s'il n' inclut pas les savoirs d'une grande partie du monde? Il ne s'agit pas de remettre en cause les sciences exactes et l'arithmétique, mais de requestionner toutes les catégories qui délimitent les champs de la connaissance légitimée "socialement" et "mondialement" et le reste qui est qualifiée de croyance. Et cette délimitation ainsi que les catégories qui permettent de la penser sont l'un des enjeux culturels majeurs: faire valider comme référence universelle sa propre vision et sa façon de penser le monde. Nous pourrions parler des possibilités infinies de valoriser la richesse de la diversité culturelle de l'Afrique; et des impacts économiques si les outils et supports étaient produits à l'intérieur de l'Afrique, notamment dans le domaine de l'industrie de la musique. (CD, CD rom ect, disques)

Mais à nouveau une autre question rebondit: est-il suffisant de mettre en circulation sur le marché mondial, des produits culturels africains pour résoudre le problème de fond? Pour ma part, bien que je sois convaincue des nouvelles opportunités pour l'Afrique à travers l'utilisation et l'appropriation des NTIC, le débat de fond concerne moins le contenu déjà là qu'il faut mettre en valeur grâce aux nouveaux outils, que les visions elles mêmes à travers les relations sociales entre soi et l'autre. Le déficit majeur est logé dans cet espace de la production de richesses immatérielles: le tissu relationnel pour repenser l'économie-monde. Et l'Afrique, pourrait contribuer à faire avancer le contenu de l'Universel, si les formes culturelles de construire, produire et entretenir les relations sociales devenaient des références légitimes pour le savoir "mondial" . C'est le défi majeur et l'enjeu principal pour penser la culture non pas seulement dans ses formes et domaines (chants, danses, peintures etc) mais comme anthropologie des identités multiples qui viendrait interpeller la notion mono dimensionnelle de "citoyen" lié à un territoire administratif de l'état nation.

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